« Traiter une maladie pour la guérir, soigner un malade pour le libérer. » C. Beraud
Première année de formation à l’école d’infirmière qui est sur le point de
s’achever. J’ai compris que traiter une maladie, et soigner un malade sont deux fonctions différentes.
Dans ma formation, cours et stages confondus, dans les institutions hospitalières, dans l’exercice quotidien, la fonction
thérapeutique est magnifiée, privilégiée, rémunérée (on comptabilise les actes de soins pour savoir si un hôpital fonctionne correctement et de manière « rentable »).
Traiter c’est après une analyse sémiologique, guérir ou soulager.
Soigner c’est après une analyse des besoins du malade, proposer un programme pour y répondre.
Traiter suppose des connaissances scientifiques pointues, un savoir qui fonde le pouvoir (des médecins en particulier, qui, sont
médecins avant tout et ne font pas partie intégrante de l’équipe soignante).
Soigner c’est servir, s’intéresser à la personne plus qu’à la maladie, aux comportements et au confort du
malade.
Un programme de soin est toujours personnalisé.
Un traitement est décidé après rencontre avec un dossier, un soin après rencontre avec un patient.
Je n’ai pas tout de suite saisie le sens de la phrase de C. Beraud « soigner pour libérer ». Mais en effet, en
soignant on fait vivre et reconnaître une espérance au malade ; on aide celui qui souffre à sortir de son isolement ; on essaie de rompre la dépendance et d’offrir des choix ; on
essai d’effacer l’angoisse. On refuse l’infantilisation en aidant l’autre à redevenir adulte.
Soigner c’est libérer car c’est apprendre avec le malade.
Tout ceci exige beaucoup, bonne volonté et gentillesse ne suffisent pas. Soigner exige de la disponibilité à la fois temporelle,
intellectuelle et affective ; c'est-à-dire qu’on ne peut pas soigner « debout » entre deux portes, qu’il faut accepter l’autre et ses opinions, tout ceci avec une dose
d’empathie.
J’ai pue constater que prendre soin des gens, « les soigner », est une
fonctions dont l’on cherche volontiers à se débarrasser (les médecins délèguent ceci aux infirmières, qui le délèguent volontiers aux aides soignantes…) ; pourquoi ?
Parce que ce n’est pas une tache rémunérée ? (On privilégie les actes techniques qui sont d’ailleurs plus
valorisant)
Parce que les soignants sont accaparés par des taches techniques ou administratives ?
Parce que dans les écoles on apprend à traiter et non à soigner (plus est détaillé l’étude des maladies, plus est négligé celle
des malades) ?
Parce qu’il est plus facile d’éloigner ceux qui souffrent et que nous ne savons pas traiter ; ceux qui révèlent notre
impuissance et accentuent notre angoisse ?
Parce que soigner, et non seulement traiter impliquerait d’admettre que le pouvoir thérapeutique appartient souvent moins au
médecin qu’au malade ?
Ou est ce pour une raison individuelle ? Nous ne sommes pas tous aptes et motivés pour soigner.
Peut être pourrions nous reconnaître qu’au quotidien l’essentiel est moins de traiter les maladies que de prendre soin des
hommes.
Mardi 10 juillet 2007
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